Un vent glacial souffle sur le Haut-Katanga. En quelques heures, Jacques Kyabula Katwe est passé du fauteuil de Gouverneur à celui de spectateur suspendu, pendant que Kinshasa scrute, soupçonne et sanctionne.
Une suspension express, un remplaçant désigné
Dans une décision signée par le Vice-Premier Ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité, Jacquemin Shabani, le gouverneur Jacques Kyabula Katwe a été suspendu de ses fonctions, au profit de son Vice-Gouverneur, Martin Kazembe, désigné pour assurer l’intérim.
Une mesure radicale, tombée comme un couperet, dans un contexte politique à la fois tendu et trouble.
La convocation de Kinshasa… ignorée ?
À l’origine de cette décision : une convocation urgente de Kyabula à Kinshasa, initiée par le VPM de l’Intérieur. Problème : le gouverneur n’a pas répondu présent, évoquant des raisons de santé. Mais aucune preuve médicale n’a été rendue publique, et des sources locales affirment qu’il serait toujours visible dans les rues de Lubumbashi.
Fuite ? Provocation ? Ou vraie maladie ? Le mystère reste entier.
Un discours de trop ?
Le nœud du problème semble se trouver dans les propos tenus par Kyabula le 30 juin dernier, lors d’un meeting hautement politique à Lubumbashi. Devant la foule, il déclare :
« Le Rwanda est l’agresseur, notre ennemi principal. Quant à Nangaa et Kabila, ce sont des Congolais. La solution viendra entre Congolais. »
Ces mots, visiblement mal reçus à Kinshasa, ont été interprétés comme une tentative de réhabilitation politique de Joseph Kabila et Corneille Nangaa, tous deux impliqués dans des mouvements rebelles.
Résultat : Kyabula est accusé d’“édulcorer” la trahison et de tenir un discours à double fond.
Vers une arrestation évitée ?
Une question secoue désormais les cercles politiques et l’opinion publique :
Si Jacques Kyabula s’était présenté à Kinshasa, aurait-il été arrêté ?
Plusieurs analystes y voient un signe de méfiance grandissante entre le pouvoir central et certains gouverneurs, notamment ceux issus du Katanga, où les tensions autour de l’ancien régime ne sont jamais totalement dissipées.
Un dossier à suivre de très près
Suspension pour refus d’obtempérer ? Sanction politique ? Ou mise à l’écart préventive en vue d’un procès ?
L’affaire Kyabula ouvre un nouveau front politique sensible dans un contexte où la rébellion de l’Alliance Fleuve Congo et les tensions sécuritaires à l’Est exacerbent les crispations nationales.
Jacques Kyabula tombera-t-il ? Ou rebondira-t-il ?
Charles Muzadi






