Lancée par le Gouverneur de la ville, Daniel Bumba, l’opération « Retour à la norme » bat son plein dans la commune de la Gombe, zone pilote de cette initiative. Avec l’appui de la Brigade spéciale pour la protection de l’environnement, de la Régie d’assainissement de Kinshasa (RASKIN) et des éléments de la Police nationale, l’Hôtel de Ville procède depuis plusieurs jours à la démolition des occupations illégales et anarchiques érigées sur les emprises publiques.
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Mais derrière ce projet de restauration de l’ordre urbain se dessine une autre réalité : celle d’un drame social qui frappe de plein fouet des milliers de Kinois.
Assainir, oui… mais à quel prix ?
La Gombe, considérée comme l’épicentre des activités socio-économiques de la capitale, abritait de nombreux kiosques, marchés de fortune et constructions précaires, désormais rasés au nom de la salubrité publique. Si l’objectif affiché est de libérer la voirie et d’offrir à Kinshasa un environnement plus sain, cette opération prive des milliers de familles de leur unique source de revenus.
À quelques jours de la rentrée scolaire, des parents se retrouvent démunis, incapables d’assurer la scolarité de leurs enfants. Pour beaucoup, l’informel n’était pas un choix mais une stratégie de survie face au chômage endémique qui gangrène déjà la jeunesse kinoise.
Le spectre du banditisme urbain
Un observateur averti prévient : « En démolissant les petites activités des jeunes Kinois qui se débrouillent, on risque d’ouvrir la voie à un banditisme urbain accru et à une montée de la criminalité ». La frustration et la colère engendrées par la perte des moyens de subsistance pourraient en effet se transformer en bombe sociale difficile à désamorcer.
Et après ?
La question qui brûle les lèvres est simple : où ces Kinois délogés vont-ils aller ? Ont-ils été réorientés vers des sites précis où ils pourraient exercer leurs activités en toute légalité ? Pour l’instant, aucune réponse claire n’est apportée.

Pour les organisations de défense des droits humains, la responsabilité de l’État est d’attaquer les causes et non les conséquences : créer des emplois, offrir des alternatives viables, et non seulement démolir au risque d’aggraver la misère.
Entre ordre public et justice sociale
L’opération « Retour à la norme » révèle ainsi toute l’ambivalence des politiques urbaines en RDC : vouloir imposer l’ordre et la discipline, sans toujours tenir compte des réalités sociales d’une population contrainte de vivre de débrouillardise.
La question reste entière : comment concilier assainissement de la capitale et droit à la survie des Kinois ? Car au-delà des bulldozers, c’est la dignité humaine qui est en jeu
Charles Muzadi






