La situation que traverse actuellement le Fonds National de la Recherche Scientifique et de l’Innovation Technologique (FNRSIT) soulèverait de nombreuses interrogations sur la gouvernance du secteur de la recherche et de l’innovation en République démocratique du Congo.
Créé par le Décret n°23/24 du 14 juin 2023, le FNRSIT était censé incarner un tournant stratégique pour le financement de la recherche scientifique. Toutefois, plusieurs faits rapportés ces derniers mois laisseraient penser que l’établissement ferait face à des blocages administratifs majeurs, dont l’origine exacte resterait à éclaircir.
Une direction qui aurait été marginalisée
Depuis la fusion du ministère de la Recherche scientifique avec celui de l’Enseignement supérieur et universitaire, certains responsables du FNRSIT affirment n’avoir jamais été reçus par la ministre de tutelle, malgré des demandes répétées d’audience. Cette absence de communication institutionnelle aurait plongé l’établissement dans une situation financière délicate, marquée par l’absence de frais de fonctionnement et des comptes bancaires quasi inexistants.
Aucune orientation claire ni projet structurant pour le secteur de la recherche ne semblerait, à ce stade, avoir été officiellement présenté, ce qui alimenterait un sentiment d’abandon au sein de l’établissement.
Une correspondance controversée aux conséquences lourdes
L’un des points les plus sensibles de ce dossier concernerait une lettre datée du 29 septembre 2025, attribuée au cabinet de la ministre, qui aurait ordonné la suspension de l’ouverture des comptes bancaires du FNRSIT. Cette correspondance aurait été invoquée par une institution bancaire pour justifier son refus de procéder à l’ouverture des comptes.
Toutefois, des zones d’ombre persisteraient autour de l’authenticité de ce document. Selon des sources proches du dossier, le directeur de cabinet aurait d’abord contesté la signature figurant sur la lettre, avant d’évoquer ultérieurement une possible instruction verbale émanant de la ministre. Ces versions successives, encore non définitivement établies par la justice, nourriraient de nombreuses spéculations.
Une suspension qui poserait question sur le plan juridique
La suspension, par arrêté ministériel, des membres provisoires de la direction générale du FNRSIT, intervenue fin novembre 2025, serait également source de controverse. Les intéressés n’auraient pas été auditionnés au préalable et certaines fonctions mentionnées dans l’arrêté ne relèveraient pas formellement de la direction générale, ce qui pourrait traduire une confusion juridique.
Plus troublant encore, les motifs avancés, notamment ceux liés à une supposée mauvaise gestion financière, sembleraient contredits par certaines décisions administratives ultérieures, laissant place à des interrogations sur la cohérence de la mesure.
Une instruction présidentielle qui aurait été ignorée ?
Des observateurs rappellent qu’une instruction présidentielle antérieure exigerait que toute suspension de mandataires publics fasse l’objet d’une information préalable du gouvernement. Si cette procédure n’avait effectivement pas été respectée, l’arrêté ministériel concerné pourrait être exposé à une contestation pour excès de pouvoir, sous réserve de l’appréciation des juridictions compétentes.
Des conséquences humaines dramatiques
Au-delà des considérations administratives, des témoignages internes évoquent des conséquences humaines particulièrement graves. Le blocage des comptes aurait privé certains agents de ressources élémentaires, avec, selon plusieurs sources concordantes, le décès de deux agents faute de moyens pour accéder à des soins médicaux appropriés. À ce stade, aucune réaction officielle n’aurait été rendue publique sur ces drames.
Un climat de crainte au sein du secteur ?
Dans le milieu de l’enseignement supérieur, des voix anonymes évoquent un climat de suspensions répétées touchant plusieurs établissements et responsables nommés avant l’actuelle équipe ministérielle. Ces pratiques, si elles étaient avérées, contribueraient à installer un sentiment d’insécurité administrative et de démotivation généralisée.
Une question qui reste ouverte
Face à l’accumulation de ces éléments, une question demeure : s’agit-il de simples dysfonctionnements administratifs ou d’un problème plus profond de gouvernance ?
À ce stade, aucune responsabilité individuelle ne peut être juridiquement établie sans les conclusions définitives des enquêtes en cours. Toutefois, l’affaire du FNRSIT mettrait en lumière l’urgence d’une clarification institutionnelle, dans l’intérêt de la recherche scientifique, de l’État de droit et, surtout, de la protection des vies humaines.
JKL






