Lubumbashi, le 5 août 2025 – Une scène surréaliste s’est produite ce mardi matin à la mairie de Lubumbashi. Deux autorités municipales, Patrick Kafwimbi et Joyce Tunda Kazadi, se sont présentées simultanément dans les locaux, chacune se prévalant du titre de maire et bénéficiant des honneurs dus à cette fonction. Une situation inédite qui illustre la cacophonie administrative et politique qui règne autour de la gestion de la capitale cuprifère.
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Tout est parti de l’arrêt rendu récemment par le Conseil d’État réhabilitant madame Joyce Tunda Kazadi dans ses fonctions de maire de la ville. Cet arrêt, qui a valeur exécutoire, est venu annuler la décision antérieure qui avait conduit à la nomination de Patrick Kafwimbi. En toute logique juridique, Mme Tunda devait donc reprendre ses fonctions immédiatement.
Cependant, du côté du ministère de l’Intérieur, la lecture est tout autre. La vice-primature en charge de ce portefeuille, dirigée par Jacquemin Shabani, semble opter pour une autre approche, mêlant considérations administratives et réalités politiques. À preuve, selon nos sources, Joyce Tunda Kazadi a été convoquée en urgence ce mardi même à Kinshasa par le VPM de l’Intérieur. Une démarche qui pourrait laisser entendre la volonté de « gérer » le dossier en dehors du seul prisme juridique.

Sur le terrain, cette dualité de pouvoir a plongé l’administration urbaine dans la confusion la plus totale. Qui est le maire légitime ? Qui doit signer les actes ? À qui obéir ? Les agents urbains et les forces de sécurité présentes ne savaient plus où donner de la tête face à cette guerre de légitimité. Pendant que Patrick Kafwimbi continuait d’exercer comme si de rien n’était, Joyce Tunda, forte de la décision du Conseil d’État, affirmait haut et fort son retour dans ses droits.
Une bataille entre droit et politique ?
Cette situation pose une question cruciale : entre le droit dit par la plus haute juridiction administrative du pays et la décision politique portée par la Vice-Primature de l’Intérieur, qui l’emportera ? Le Conseil d’État a certes tranché sur le plan juridique, mais l’exécution de ses arrêts reste souvent tributaire de la volonté politique. Un problème récurrent dans plusieurs institutions publiques en RDC.
Ce feuilleton, au-delà de ses aspects juridiques et administratifs, révèle les fragilités persistantes de l’État de droit dans la gouvernance locale congolaise. L’absence de coordination entre les institutions, le flou dans l’exécution des décisions judiciaires et l’ingérence politique dans les affaires locales ne font que fragiliser davantage la crédibilité des autorités.
Et maintenant ?
Tous les regards sont désormais tournés vers Kinshasa, où la rencontre entre Joyce Tunda Kazadi et le Vice-Premier Ministre Jacquemin Shabani pourrait être décisive. Un dénouement est attendu dans les tout prochains jours, alors que Lubumbashi reste suspendue à une double autorité urbaine qui, pour l’instant, cohabite dans l’incertitude.
Charles Muzadi






