Alors que le monde évolue à une vitesse vertigineuse, certains dirigeants africains semblent figés dans le temps – ou plutôt figés dans leurs fauteuils présidentiels. Le continent est une nouvelle fois secoué par des annonces qui laissent perplexe, entre consternation et lassitude. En ligne de mire : Paul Biya, président du Cameroun depuis 1982, et Alassane Ouattara, président ivoirien de 83 ans, qui affiche désormais son ambition de briguer un quatrième mandat.
Une question s’impose : jusqu’où iront ces chefs d’État pour s’accrocher au pouvoir ?

Paul Biya : 42 ans de règne, et ce n’est pas fini ?
Au Cameroun, l’histoire ressemble à une boucle sans fin. Paul Biya, aujourd’hui âgé de 91 ans, semble incarner l’immortalité politique. Aux commandes depuis plus de quatre décennies, il est l’un des doyens des chefs d’État en exercice dans le monde. Dans un pays où les jeunes représentent plus de 70 % de la population, la concentration du pouvoir entre les mains d’un homme nonagénaire interroge sur la santé démocratique de la nation.

Alassane Ouattara : de la promesse au reniement
En Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara semble lui aussi avoir changé d’avis. Après avoir annoncé en 2020 qu’il ne se représenterait plus, le président ivoirien a surpris l’opinion en laissant entendre son intention de se représenter pour un quatrième mandat. À 83 ans, dans un pays qui a déjà connu des épisodes douloureux de conflits post-électoraux, cette nouvelle ambition présidentielle fait craindre une fragilisation du climat politique et social.
Le syndrome du pouvoir à vie
Le phénomène n’est pas nouveau en Afrique. Il s’inscrit dans une longue tradition de leaders qui s’accrochent au pouvoir comme à un bien personnel. Que ce soit par des révisions constitutionnelles, des manipulations institutionnelles ou un culte de la personnalité savamment entretenu, ces dirigeants réussissent à contourner les limites pour prolonger leur règne.
Mais à quel prix ? Blocage générationnel, désillusion des jeunes, essoufflement des institutions, méfiance envers la démocratie… Le pouvoir, au lieu d’être un service à la nation, devient un instrument de perpétuation personnelle.
Un avenir Confisqué?
Alors que de jeunes talents et des leaders alternatifs émergent, les dynamiques de confiscation du pouvoir restent un obstacle majeur au développement démocratique et à la stabilité de nombreux pays africains. Ce refus de passer le témoin étouffe l’alternance, bride l’innovation politique et entretient un cercle vicieux de tensions.
Il est temps de tourner la page
Le pouvoir ne devrait jamais être un héritage à défendre, ni un privilège à perpétuer, mais un mandat temporaire pour servir le peuple. L’Afrique regorge de forces vives et de leaders en devenir. Il est temps que ceux qui ont écrit les premières pages de l’histoire contemporaine de leurs nations acceptent d’en devenir les témoins, non les geôliers.
Laisser la place n’est pas un signe de faiblesse, c’est l’ultime preuve de grandeur.
Charles Muzadi






